fanch broudic
 
 
 
La puissante ténacité de l’obstacle de la langue bretonne

La raison la plus généralement avancée pour expliquer la régression actuelle de la pratique du breton en Basse-Bretagne est qu'elle n'a jamais été enseignée. Si l'on observe pourtant la manière dont les questions de l'enseignement du français et du breton ont été abordées au cours du XIXe siècle, les paradoxes sont multiples.
La paysannerie aisée ressent le besoin de savoir le français, mais la population bretonnante dans son ensemble se montre longtemps réfractaire à l'égard de l'école parce que celle-ci n'est pas assurée en sa langue. Les pouvoirs publics s'interrogent en permanence sur les mesures à prendre pour en "déraciner l'habitude" et se plaignent de "la puissante ténacité de l'obstacle" qu'elle représente. Pourtant, le breton est, de fait, au minimum langue auxiliaire de l'enseignement, et un responsable académique admet que "nous ne pouvons interdire de manière absolue l'usage du breton".
Le clergé ne veut pas d'un enseignement du catéchisme en une autre langue que le breton. Mais ce faisant, il a facilité à son insu l'accoutumance des bretonnants à l'égard de l'école et du français.
Les méthodes pédagogiques ont varié dans le temps : placement en internat, invention du symbole, mise en œuvre de la méthode directe… Mais cela n'empêche pas la région d'accumuler de gros retards de scolarisation tout au long du XIXe siècle. C'est parce que l'Etat n'a le plus souvent visé qu'à "substituer" la langue nationale à la langue régionale que les politiques scolaires qu'il a mises en œuvre à ce moment ont été un échec en Basse-Bretagne.
 Centre de Recherche Bretonne et Celtique , Université de Brest
Site personnel : www.langue-bretonne.com